Guide : 3 clés déployer un service public de vélos

Guide

L’Association des Acteurs du Vélo public (AAVP) et Inddigo viennent de publier la deuxième édition du Rapport du Vélo Public pour l’ADEME. Cette étude, basée sur une enquête auprès de 139 gestionnaires et un recensement de 410 services en France, livre des enseignements concrets pour les collectivités.

Si vous êtes élu.e ou technicien.ne mobilité et que vous réfléchissez à déployer un service de vélos partagés sur votre territoire, ce guide est pour vous. Voici les 3 points essentiels à retenir pour construire un service adapté, viable économiquement, et qui satisfera vos administrés :

1. Adaptez le dimensionnement à votre territoire (pas l’inverse)

L’erreur à éviter : copier-coller un modèle métropolitain

La tentation est forte de reproduire ce qui fonctionne dans les grandes métropoles. Mais le rapport ADEME le prouve : 50% des services de location longue durée (VLD) sont aujourd’hui portés par des communautés de communes, avec des parcs moyens de 47 vélos, contre 960 dans les autres territoires.

Cette différence n’est pas un problème. C’est une adaptation intelligente aux besoins réels.

Ce qu’il faut faire : partir des usages de votre territoire

Avant de décider du nombre de vélos et de leur répartition, posez-vous ces questions :

Quels sont les trajets dominants sur votre territoire ?

Domicile-travail ? Accès aux commerces du centre-ville ? Desserte touristique ? Intermodalité avec la gare ?

Quelle est votre topographie ?

Un territoire vallonné nécessitera des Vélos à Assistance Électrique (VAE) performants, là où un territoire plat peut envisager un mix VAE/vélos mécaniques.

Quelles infrastructures cyclables existent déjà ?

Un service vélo sans voies cyclables sécurisées aura du mal à trouver son public.

Quel est votre bassin de population ?

140 000 VAE en location longue durée sont déployés en France. Mais tous les territoires n’ont pas les mêmes besoins de densité.

Exemple concret : Châteaubriant-Derval

La Communauté de Communes Châteaubriant-Derval (26 communes, environ 44 000 habitants) a déployé 55 Vélos à Assistance Électrique en location longue durée. Plutôt que de concentrer tous les vélos sur Châteaubriant, la collectivité les a répartis dans l’ensemble des communes, accessibles via la Maison de la Mobilité et les 25 mairies du territoire.

Le service propose :

Plusieurs durées de location (1 semaine, 15 jours, 1 mois ou 3 mois)
Une offre d’essai : les 15 premiers jours gratuits pour tout nouvel usager Vélos fournis avec équipement de recharge, pompe et sacoches

Cette stratégie garantit une accessibilité maximale, même pour les habitants des communes les plus rurales. Et la gratuité initiale lève le frein à l’essai, favorisant l’adoption à long terme.

À retenir : Ne surdimensionnez pas votre flotte. Commencez modestement, mesurez l’usage, ajustez progressivement. Un service bien calibré avec 50 vélos sera plus efficace qu’un service surdimensionné avec 200 vélos sous- utilisés.

2. Sécurisez votre modèle économique dès le départ

Les ordres de grandeur à connaître

Le reste à charge moyen pour les collectivités s’établit à :

0,66 €/km en location longue durée (VLD)

0,51 €/km en libre-service (VLS)

Ces ratios varient selon le type de vélo, de station, la durée du marché et le niveau de service. Mais ils donnent un ordre de grandeur pour construire votre budget prévisionnel.

Les leviers de financement à mobiliser :

1. Le Versement Mobilité

C’est le principal levier de financement pérenne. Pourtant, moins de la moitié des communautés de communes qui proposent un service vélo l’ont instauré. Si votre territoire compte plus de 11 000 habitants, vous pouvez le mettre en place. Les métropoles appliquent généralement des taux élevés (1,2% et plus).

2. Les subventions publiques

88% des communautés de communes bénéficient d’aides pour financer leur service (ADEME, régions, Europe, fonds LEADER.) Ces subventions sont particulièrement importantes pour les territoires peu denses qui n’ont pas de Versement Mobilité.

Ne négligez pas cette étape : un bon montage financier peut couvrir une part significative de l’investissement initial (vélos, stations) et réduire le reste à charge sur les premières années.

3. La tarification solidaire

77% des services proposent des tarifs réduits (étudiants, demandeurs d’emploi, bénéficiaires de minima sociaux). Cette politique tarifaire favorise l’accessibilité du service tout en maintenant des recettes issues des usagers « plein tarif ».

4. Les participations employeurs

Certaines collectivités ont négocié des contributions avec les grandes entreprises du territoire, qui bénéficient directement du service pour leurs salariés.

À anticiper : les coûts de maintenance

Le rapport souligne que la maintenance préventive et curative représente une part importante du budget de fonctionnement.

Prévoyez :

  • La révision régulière des vélos (freins, pneus, chaîne, batterie)
  • La réparation des stations (vandalisme, pannes techniques)
  • Le rééquilibrage des flottes (VLS) ou la logistique de distribution (VLD)
  • Le SAV usagers (hotline, gestion des incidents)

À retenir : Un service vélo public a un coût. Mais ce coût doit être comparé aux bénéfices indirects : réduction de la pollution, gains en santé publique, désengorgement du trafic automobile, attractivité du territoire.

3. Choisissez un mode de gestion aligné avec vos moyens

Les chiffres qui parlent

Le mode de gestion impacte directement la satisfaction des usagers. Les données du rapport ADEME sont sans appel :

  • Services en régie ou marché public : 84% et 81% de satisfaction
  • Services en DSP transports : 75% de satisfaction
  • Services en DSP dédiée : 63% de satisfaction
  • Services en AMI (free-floating) : 58% de satisfaction

Pourquoi ces écarts ?

Le lien direct entre la collectivité et les usagers fait la différence. Quand la collectivité porte le service directement (régie) ou via un marché public où elle garde la main sur le cahier des charges et le suivi, elle peut :

Personnaliser le service aux spécificités locales Réagir rapidement aux dysfonctionnements Adapter continuellement l’offre aux retours terrain Maintenir une proximité avec les usagers

À l’inverse, les services intégrés à des DSP transports (où le vélo n’est qu’une brique d’un ensemble plus large) ou les services en AMI (où l’opérateur privé est autonome) génèrent une distance qui se ressent dans la satisfaction.

Exemple concret : La Bicyclette

La Bicyclette, service géré en régie par la Communauté dʼAgglomération du Pays de Grasse, illustre ce modèle de gestion publique directe. C’est de plus en plus rare (la tendance est à l’externalisation vers des opérateurs privés), mais ça fonctionne quand la collectivité dispose des ressources humaines et techniques nécessaires.

Ce modèle n’est pas la seule option. Mais il montre qu’un portage public fort génère une satisfaction élevée.

Comment choisir votre mode de gestion ?

Posez-vous ces questions :

Disposez-vous des compétences en interne ?

Gestion d’une flotte, maintenance technique, relation usagers, outils numériques… Si oui, la régie peut être une option.

Préférez-vous déléguer tout ou partie ?

Un marché public vous permet de garder la main sur le cahier des charges tout en confiant l’exploitation à un prestataire spécialisé.

Souhaitez-vous mutualiser avec d’autres services de mobilité ?

Une DSP transports peut faire sens si vous avez déjà un réseau de bus et que vous voulez proposer une offre intégrée.

À retenir : Le mode de gestion n’est pas qu’une question technique ou juridique. C’est un choix stratégique qui impacte directement l’expérience usager et donc l’usage effectif du service.

Au-delà du déploiement : pensez à l’accompagnement

Un service de vélos partagés ne se résume pas à installer des stations et mettre des vélos à disposition. C’est aussi accompagner les usagers, notamment ceux qui sont éloignés de la pratique du vélo.

Exemple : le programme TIMS dans la Vallée de la Roya

Porté par CoopGo, ce dispositif met des vélos à assistance électrique à disposition des publics précaires, avec un accompagnement personnalisé par des conseillers en éco-mobilité inclusive.

Concrètement :

Premier trajet effectué avec un conseiller
Fourniture de matériel de sécurité (casque, antivol, éclairage)
Suivi personnalisé pour lever les freins techniques et psychologiques

Cette dimension sociale est essentielle. 77% des services proposent déjà des tarifs réduits. Mais l’accompagnement va plus loin : il s’agit de rendre le vélo accessible à ceux qui n’osent pas se lancer seuls.

À retenir : Un service vélo public, c’est un service public. Il doit être pensé pour tous, y compris les populations les plus fragiles.

Conclusion : 3 questions à vous poser avant de vous lancer

1. Avez-vous une vision claire des usages de mobilité sur votre territoire ?

Si non, commencez par une étude de terrain. Comprenez d’abord, déployez ensuite.

2. Avez-vous identifié tous les leviers de financement mobilisables ?

Versement Mobilité, subventions, tarification… Un bon montage financier change radicalement la viabilité du projet.

3. Avez-vous choisi un mode de gestion aligné avec vos ressources et vos ambitions ?

Régie, marché public, DSP… Chaque option a ses avantages. L’important est de choisir en conscience.

Le vélo public n’est pas un coût. C’est un investissement stratégique dont les retombées dépassent largement la seule question du transport. Mais comme tout investissement, il doit être pensé, dimensionné, financé et géré avec méthode.

Le Rapport du Vélo Public 2025 montre une chose : les territoires qui réussissent ne sont pas ceux qui déploient le plus de vélos. Ce sont ceux qui déploient les bons vélos, aux bons endroits, avec le bon accompagnement.