700 kilomètres. Du Luxembourg jusqu’à Lyon, en longeant la Saône et le Rhône. La Voie Bleue vient d’être élue véloroute européenne de l’année 2026 au salon Fiets en Wandelbeurs d’Utrecht. Un tracé plat, balisé, sécurisé, jalonné d’hébergements adaptés et de bornes de recharge pour vélos à assistance électrique. Une récompense. Mais aussi un symptôme.
Le symptôme d’une transformation profonde : en France, le tourisme à vélo n’est plus un marché de niche, c’est une tendance de fond.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Le premier semestre 2025 a enregistré une hausse de 9 % de la fréquentation cyclable en France, selon le Réseau Vélo et Marche. Toutes les régions suivent la même dynamique : urbain, rural, périurbain. La pratique du vélo a progressé partout, et les itinéraires EuroVelo ont eux aussi enregistré une hausse similaire de +5 % entre 2024 et 2025.
Ces chiffres ne sont pas le fruit d’un effet de mode post-Covid qui se dissiperait. Ils confirment un ancrage durable. Depuis 2019, la fréquentation vélo est chaque année plus élevée que la précédente.
Et le profil du cyclotouriste évolue avec elle. Il ne s’agit plus seulement du sportif aguerri qui avale les kilomètres en autonomie totale. C’est désormais une clientèle diverse : familles, seniors, couples en quête d’une expérience lente, voyageurs soucieux de leur empreinte carbone. Le vélo est aujourd’hui la deuxième activité sportive en vacances dans l’Hexagone.
22 millions de Français font du vélo pendant leurs vacances.
Et côté retombées économiques, le message est clair : un cyclotouriste dépense en moyenne 68 € par jour, contre 55 € pour un touriste classique. Une clientèle à la fois vertueuse et rentable.
Le VAE : le déclencheur d’un nouveau rapport au voyage
Dans cette dynamique, le vélo à assistance électrique joue un rôle décisif. Il a levé le principal frein à l’entrée : la peur de ne pas être en forme.
Avec un VAE, les dénivelés s’aplatissent. Les distances s’apprivoisent. Une étape de 60 km qui semblait impossible devient une promenade agréable. La Voie Bleue en est l’illustration parfaite : un itinéraire conçu pour être parcouru à son rythme, quel que soit le niveau physique, avec des bornes de recharge régulièrement réparties pour ne jamais être à court de batterie.
Ce changement de posture transforme aussi les habitudes de voyage. On choisit des étapes plus courtes. On s’attarde dans les villages traversés. On mange local, on dort chez l’habitant.
Le vélo favorise naturellement une forme de tourisme de proximité et d’immersion, qui s’articule parfaitement avec les aspirations du voyageur contemporain.
Le label Accueil Vélo : un écosystème qui se structure
Pour accompagner cette montée en puissance, un écosystème complet se construit autour du cyclotouriste. Et le label Accueil Vélo en est la clé de voûte.
Créé par France Vélo Tourisme, ce label identifie les établissements — hébergements, restaurants, loueurs, sites touristiques, offices de tourisme — qui proposent des services adaptés aux voyageurs à vélo. Concrètement : un stationnement sécurisé, un espace de recharge pour la batterie du VAE, un kit de réparation, des informations sur les itinéraires. Et tout cela à moins de 5 km d’un itinéraire cyclable.
Aujourd’hui, ce sont plus de 8 500 établissements labellisés Accueil Vélo en France. Un chiffre qui a plus que doublé depuis 2017, signe que les acteurs du tourisme ont compris l’enjeu.
Pour le voyageur, ce label change tout. Il sécurise le parcours. Il lui permet de planifier son itinéraire avec la certitude de trouver, à chaque étape, les services dont il a besoin. C’est la condition sine qua non pour que le voyage à vélo passe du projet un peu intimidant à la réalité accessible.
La France, future première destination mondiale ?
La stratégie nationale du tourisme à vélo, élaborée par le Réseau Vélo et Marche avec une soixantaine d’acteurs publics et privés, l’affiche clairement : l’ambition est de faire de la France la première destination mondiale du tourisme à vélo d’ici 2030.
La France part avec des atouts considérables. Un réseau d’itinéraires en constante extension, des paysages variés, une culture gastronomique qui se prête parfaitement aux étapes. Et une infrastructure numérique (France Vélo Tourisme) qui centralise l’information et guide les voyageurs de A à Z.
La Voie Bleue, en devenant véloroute européenne de l’année, contribue à cette visibilité internationale. Elle rappelle que la France n’a pas besoin d’attendre le Tour de France pour parler vélo au monde.
Le tourisme à vélo n’est plus un sous-segment du tourisme outdoor. C’est une nouvelle façon de voyager. Plus lente, plus ancrée, plus durable. Et portée par une infrastructure et des services qui montent en puissance à une vitesse qui, elle, n’a rien de cycliste.
